La Brède : L'église Saint-Jean d'Etampes par Lacoste,Gauthier et Dupuis le Maréchal

Pour parler de l'église Saint Jean d'Etampes, plusieurs textes, issus de plusieurs auteurs sont proposés    sur ce site, l'un en particulier est celui de la commune de la Brède, l'autre ci-après est celui des architectes de restauration Marc Gauthier, Jean Pierre Lacoste et Carole Dupuis Le Maréchal .

Un autre texte est en ligne sur une autre page du site (proposé par Emilie Chenneveau)

 

Depuis 1997 un effort sans précédent a été consenti pour la restauration de cette église...

Historique:

Cette église a été bâtie au XIIème sur la partie la plus haute du bord du Saucats autrefois appelé Saint Jean d’Estampes (Saint Jean des Templiers). Un incendie abîma son clocher carré au XVI ème siècle. Longtemps constituée d’une nef et d’un bas côté Nord, elle fut agrandie d’un bas côté Sud au XVIII°. Le plafond qui était en bois fut remplacé par une voûte en briques à la même époque. Nous retrouvons des relevés attribués àLéo Drouyn, Paul Abadie et Gustave Alaux au XIX siècle .

En 1851 la mairie de La Brède commande à Gustave Alaux un projet de restauration ; en 1852 celui-ci est présenté et, après modification, approuvé par le Ministère de la Culture.Gustave Alaux, élève de Poitevin, Duphot et Durand, fils de J-Paul Alaux peintre décorateur à Bordeaux, fait partie d'une dynastie d'artistes et d'architectes. (D. Ducourneau).

Une première tranche de travaux (restauration hors abside et clocher) est lancée le 7 Septembre 1854. Mais… dans la nuit du 23 novembre 1854, à minuit, le vieux clocher s’écroule ! Les cloches sont sauves… Il faudra en faire un autre !

En 1856 la première tranche de travaux est achevée ; le clocherprovisoire est couvert en tuiles. Les travaux concernant les voûtes en pierre, l’abside et la façade Ouest sont entrepris de 1856 à 1858. De l’église romane il ne reste plus que le portail.

En 1866 le maire Charles de Montesquieu, lance une souscription auprès des habitants de la Brède pour financer la construction d’un grand clocher dessiné par Gustave Alaux et parrainé par l’achevêque Donnet. Un an plus tard les cloches sonnent. En 1876 la commune fait poser des tirants métalliques sur les murs qui se fissurent sous la poussée des voûtes en pierre.

A la fin du siècle Léon Drouyn (fils de Léo Drouyn, le célèbre "artiste archéologue" suivant sa propre dénomination), restaure le clocher, les couvertures et double la surface de la sacristie Sud.

Encore quatre campagnes de restauration …. le portail roman est toujours là, et l’église est inscrite à l’inventaire des monuments le 9 septembre 1997.

 
 

 

 

 

 

 

  

Le clocher

 

Poussé par l'archevêque Donnet à monter les clochers et les flèches le plus haut possible, Alaux ne se contente pas, comme le feront les autres architectes diocésains, de monter une flèche octogonale sur une base carrée, le tout stabilisé par des pinacles ou des clochetons. Il a petit à petit mis au point un système de retraites savamment ordonnancées permettant de créer le plus d'élancement possible. Ses clochers sont fins, les flèches commencent dès la base. Passionné d'arts plastiques, il fait appel à des sculpteurs. Sur la plupart des clochers et particulièrement sur les flèches néo-romanes, son travail se reconnaît aux nombreuses sculptures figuratives (au même titre que Viollet le Duc à Notre Dame de Paris) et à la mise en place du Tétramorphe comme à St-Sulpice et Faleyrans, Eysines, Mérignac. Mais c'est indéniablement à La Brède que Gustave Alaux affirme le plus son style. Rappel : un Tétramorphe est une représentation (romane et habituellement sur le tympan des portails) des 4 évangélistes autour du Christ en majesté, inspirée de la vision d'Ezéchiel, et retranscrite par Saint Jean dans l'Apocalypse : Homme= Jésus= Mathieu Lion= résurrection= Marc ; Taureau= crucifixion= Luc ;  Aigle= ascension= Jean .

Le clocher de l'église Saint-Jean d'Etampes fait montre d'une certaine originalité en Gironde. Il ne ressemble en rien aux quelques clochers romans de la région situés dans la même position. De nombreuses personnes le déplorent et rêvent d'un "vrai" clocher Roman, bien trapu et carré. Pourtant, à la lecture des historiens de l'architecture médiévale, la forme de ce clocher est plutôt traditionnelle : établi à la croisée du transept les clochers romans "sont souvent de forme octogonales et au XII° les flèches peuvent être très élancées". Il est vrai que cette disposition se retrouve plus couramment dans le centre et l'Est de la France. Bien que ce clocher, par les proportions de sa flèche, puisse suggérer un aspect néo-gothique, il est de style néo-roman.

La flèche culmine à plus de 40m de hauteur et marque fortement l'horizon aux entrées de La Brède. Elle rappelle la renaissance triomphale (chère à l'archevêque Donnet) de l'église catholique après les périodes troublées de la révolution.

 

Au premier regard nous repérons à la base les quatre évangélistes chéris par Gustave Alaux. De toutes les représentations du tétramorphe déjà relevées sur les autres clochers de notre architecte, ce sont les plus imposantes et les plus basses, à 13m de hauteur.

L'ordre indiqué par St-Jean dans l'Apocalypse est respecté, les phylactères tenus par les évangélistes sont encore visibles. La facture est vigoureuse, expressive :

l'homme pose un regard de paix sur la cité,

le jeune taureau fringant attend le sacrifice,

le lion hiératique annonce le lever du soleil,

l'aigle de Saint-Jean qui a retrouvé sa tête peut prendre son envol.

Dès le deuxième étage octogonal le jeu savant des fenêtres et des colonnes surmontées de chapiteaux à corbeilles, sculptées de feuillages et entrelacs porte notre regard vers les huit gargouilles aux angles des gâbles qui accrochent le ciel. Plus haut, au troisième étage, les fenêtres plus larges aux jambages flanqués de colonnettes laissent passer le bleu céleste. Puis seize corbeaux sculptés, modillons aux têtes grimaçantes, nous regardent attendant le cliché du téléobjectif. Au-dessus, à la base de la flèche, huit petits dragons terminant les cordons qui soulignent les huit pans de la flèche où culmine la croix à deux branches, symbole du cardinal. Cette lecture de bas en haut permet de prendre conscience de l'ampleur du programme de sculpture dessiné par Alaux et réalisé de main de maître par Jean Mora, jeune sculpteur qui s'illustrera trois ans plus tard sur la flèche de Saint Michel à Bordeaux sous la conduite de Paul Abadie. Outre l'élégance aboutie de l'architecture, il est rare de rencontrer un clocher aussi sculpté, même si au regard de cette petite église la proportion générale de la flèche est contestable.

Nous ne pouvons nier que ce clocher unique en Gironde approche le chef-d'œuvre .

La façade occidentale, inscrite dans un rectangle d’or, présente un avant corps roman et deux bas côtés XIX ème.

avant corps

L'avant corps:

Il est composé de trois niveaux : au rez de chaussée la porte à 3 voussures et archivoltes portées par des colonnes monolithes. Les chapiteaux ont des corbeilles garnies de feuilles d’eau et d’acanthes . À remarquer : Le chapiteau Sud dont les volutes sont en forme de coquille St Jacques (nous sommes sur le chemin de St Jacques qui menait à Belin). La voussure supérieure et ses claveaux ornées de festons losangés irréguliers : des traces de peinture polychrome y ont été conservées. Portant le premier étage une corniche composée de modillons et de métopes arrête notre regard : les modillons romans déclinent les vices et les vertus et mélangent les têtes de loup et les têtes humaines.

schéma avant corps

Au centre trois modillons du XIXème tranchent par leur rigidité . Les métopes déclinent différents thèmes : au Nord, ce sont des figures, au Sud des croix.

À remarquer : Sur les côtés, au Nord Jacob endormi sous son échelle (?), au Sud une tête se bouche les oreilles … pour ne pas entendre les propos scabreux de son voisin ? Autre particularité: deux chapiteaux avec pigeons ou béliers affrontés qui sont engagés dans les angles.Le premier étage est composé de quatre fausses arcatures dont les chapiteaux extérieurs sont romans.

À remarquer : En recherchant les sculptures romanes on pourra distinguer les modifications du XIX ème, qui ont supprimé un oculus percé au XVI ème et retrouvé ainsi la symétrie originelle.Le dernier étage avec sa fenêtre axiale est entièrement du XIIème ; on apercevra à gauche un chapiteau constitué de 3 têtes d’hommes, à droite 2 têtes et des feuillages.

 

 

La nef , le chevet et les sacristies

En faisant le tour de l’église on pourra repérer les jardins de mémoire établis sur les bas côté Nord et Sud où reposent des pierres tombales, issues de l’ancien cimetière qui entourait autrefois l’église.

Dans la sacristie Sud la cheminée XIXème toute droite sortie de l’encyclopédie de Viollet le Duc est remarquable. L’abside et les absidioles reproduisent strictement les ordonnancements romans mais ne sont pas décorées, les pierres sont juste épannelées …l'argent a manqué!

 

L’intérieur de l'église Saint-Jean d'Etampes

A l’intérieur de l’église qui n'a pas encore été rénové on remarquera un Christ XVII ° classé.

Seule la sacristie Sud a été refaite et son mobilier restauré. A noter un chasublier particulièrement réussi avec ses 3 tiroirs demi lune .

 

texte de Piou LACOSTE architecte des campagnes de restauration de 2000 à 2004

remerciements aux architectes M Gauthier, P Lacoste et C le Maréchal
qui ont accepté la publication d'une partie des pièces écrites du
concours d'architecture pour la restauration de l'église St Jean d'Etampes, et à Monsieur Carochel, serviteur éclairé de l’église de La Brède.

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