
Ils s’appelaient Hermann, Herbert ou Rodolf. On les appelait les schleus, les boches, les fridolins. Ils finirent, au bout de trois ans, par faire partie du paysage, même s’il était dur de se lever deux heures plus tôt pour être à l’heure de Berlin, même s’il était dur de se serrer pour céder une ou deux chambres réquisitionnées, même s’il était drôle de les voir, chez Rapin, manger les asperges par la queue et même si leurs side-cars faisaient un boucan d’enfer. Certains d’entre eux étaient « korrekt ». IL y en avait qui montaient à Langoiran pour peindre à l’aquarelle les méandres de la Garonne et qui rentraient à Portets, le soir « heureux comme le Bon Dieu en France », pour faire admirer leurs dessins aux jolies frauleins. C’était Portets à l’heure allemande, Portets entre juin 1940 et la fin août 1944, du jour où les verts de gris arrivèrent à Bordeaux au jour où les troupes du Colonel Druilhe, stationnées à Langoiran en attendant le repli de la Wehrmacht et de la Kriegsmarine, les délogèrent. C’était quatre ans d’histoire de France, de rutabagas, de topinambours, de wagons à bestiaux, d’abattage clandestin, de vin vendu au marché noir, d’héroïsme et de combines, de drames, de bombardements, de pêche à la grenade, de prisonniers, de déportés, de femmes tristes et de filles à soldats. Mon village à l’heure allemande ! C’est le titre du roman de Jean-Louis Bory qui apporta en 1945 le Prix Goncourt à son auteur que Florence Mothe a repris pour la conférence qu’elle donnera dimanche 19 octobre à 17 h au château de Mongenan à Portets. L’historienne qui n’a pas connu cette période, mais « en a beaucoup entendu parler » racontera les petites misères et les grandes douleurs, les sensibilités opposées, les héros de la Résistance, Jean Cayrol, Pierre Séverac, les maréchalistes, les collabos, les réseaux imaginaires et les vraies lâchetés. Comment un village où l’on continua tant bien que mal à faire du vin s’accommoda-t-il de ces quatre ans d’histoire de France ? Qui avait le pouvoir ? Comment s’organisait-on ? Qui s’y réfugia ? Et combien passèrent la ligne de démarcation qui n’était pas si loin ? Un sujet passionnant qui fait entrer la petite histoire dans la grande Histoire, car à Portets, aussi, on entendit à la Libération parler de la fameuse affaire Joinovici…
Renseignements : château de Mongenan 05 56 67 18 11 Entrée 10 euros, gratuite jusqu’à 12 ans
www.chateaudemongenan.com courriel : chateaux.mothe@wanadoo.fr
Illustration: aquarelle réalisée par le soldat Scholtis en 1943 représentant la Garonne à Portets vue depuis le Haut-Langoiran.