
A Cadaujac, les tristes heures de l'épuration
S’il est un sujet encore complètement tabou, c’est bien celui de l’épuration, ou de ce qu’on appela l’épuration qui n’épura rien du tout, ou très peu des coupables de collaboration avec l’Allemagne, mais s’attaque, généralement pour des raisons mercantiles, mercenaires ou de jalousie personnelle à des tas de gens qui en avaient fait moins que les autres.
Très disparate selon les régions, insatisfaisante par le fait même que tous les magistrats français à l’exception d’un seul, avaient porté le serment d’allégeance au Maréchal Pétain et étaient donc chargés de juger sévèrement aujourd’hui ceux qui étaient leurs amis d’hier, confiée à des tas d’organismes de vérification autoproclamés, réduite dans la durée par les textes, mais interminable dans les faits, l’épuration ne peut laisser à l’historien que des doutes, des incertitudes et un goût amer. Si elle avait vraiment eu lieu, jamais l’affaire Papon n’aurait pu se produire, ni se reproduire dans d’innombrables préfectures, administrations, entreprises, où tout se passa en plus ou moins courtoises négociations.
La région bordelaise avait été, parce qu’elle avait été affectée par l’affaire Grandclément, moins impactée que les autres par les frimes de la Milice, des Malgré nous, de la Division das Reich. Ce n’est pas pour autant qu’elle sortait de l’occupation indemne de drames abominables. La Dordogne avait été en revanche un département martyr, livré en 44 aux mains de la Phalange nord-africaine, c’est-à-dire de supplétifs de la Gestapo française de la rue Lauriston, qui avaient eu mission d’éradiquer les maquis FTP et s’en donnèrent à cœur joie dans le viol, le cambriolage, la torture, l’exaction, l’exécution sommaire. Un certain esprit de vengeance contre ces voyous était donc légitime. Sauf que parmi les troupes du Colonel Druilhe se glissa à Bordeaux de solides gangsters et quelques phalangistes retournés qui estimaient « devoir continuer à servir le pays ».
A Cadaujac, au château de Thouars, on a vu le résultat de cette sanglante reconversion. Les collaborateurs arrêtés par de vrais FFI ont eu une énorme chance qui n’a pas été dévolue à ceux qui ont été emprisonnés par Doublemêtre ou le Groupe Soleil.
Ces choses, il faut les dire, mais elles sont très difficiles à dire. Florence Mothe tentera cependant l’expérience ce dimanche 14 décembre à 17 h au château de Mongenan à Portets où elle racontera ce que Philippe Bourdrel, Henri Amouroux et Guy Penaud n’ont pas osé dire. Par exemple, quelle était le rapport des milliards du train de Neuvic et du Groupe Soleil ? Pourquoi André Malraux protégea-t-il André Urbanovitch alias Doublemêtre ? Pourquoi les familles de suppliciés par erreur ne cherchèrent-elles jamais à avoir réparation ? Pourquoi l’ouvrage d’Harry-Mitchell sur « Les massacres de septembre » resta-t-il confidentiel ? Autant de dossiers qu’il est grand temps d’ouvrir pour que la France en finisse avec ce passé qui ne passe pas et puisse enfin se réconcilier avec elle-même.
Château de Mongenan, 33640 Portets, Renseignements 05 56 67 18 11, entrée 10 euros, gratuite jusqu’à 12 ans. Conférence suivie d’une dégustation des vins du domaine pour se remettre d’autant de révélations.
Château de Mongenan 33640 Portets Monument Historique privé ouvert à la visite. Jardins Remarquables, Potager de France, Roseraie de France SNHF Best of Wine Tourism Tel : 05 56 67 18 11 Fax: 05 56 67 25 82
Visites commentées du 7 janvier au 31 décembre, samedis, dimanches et fêtes
Sur rendez-vous la semaine hors saison, de 14 h à 18 h, tous les jours. De 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h de juillet à septembre.
Visite du Jardin pour l’ornement, du Jardin d’utilité et du Jardin pour l’agrément Temple maçonnique
Dégustation des vins du domaine, visite du vignoble et des chais Château Lagueloup, 2 et 4 rue de la Liberté, Portets, Musée du vin et de la vigne, Best of Wine tourism 2003
Entrée du Château de Mongenan :10 €, 8 € pour les groupes de plus de 10 personnes sur réservation