
Illustration : Les soupers du Régent, coll. Château de Mongenan
La Régence fut, en quelque sorte, les Années folles du XVIII° siècle. On y cultivait pas encore l’art nègre, on y dansait pas le charleston, mais on ne pensait qu’à s’amuser, qu’à vivre, qu’à aimer, et ce furent de bien belles années.
Deux hommes avaient lancé cette mode, et il se trouvait qu’ils étaient parallèlement deux grands hommes d’état : Philippe d’Orléans, Régent de France et son ancien précepteur, l’Abbé Dubois, dont il fit son Premier Ministre. Que les Princes cultivent la gaudriole, ce n’est pas très étonnant. Mais un abbé ? Le plus fort est que Dubois n’avait jamais été abbé. Il avait même été marié dans sa jeunesse, il n’avait jamais dit la messe et se vantait d’ignorer tout de son ordinaire. Le Régent avait confiance en lui, et il avait raison. Mais, Dieu, quelle équipe ! Philippe d‘Orléans qui travaillait beaucoup et ne mangeait presque rien de la journée estimait qu’à six heures du soir il pouvait débaucher des affaires de l’état.
C’est alors que débarquait au Palais Royal une faune extravagante, les fameux « roués », c'est-à-dire des gens qui étaient si vauriens que, malgré leur naissance, ils auraient mérité la roue. Ils s’appelaient Brancas, Noailles, Canillac, La Fare, Simiane, Nocé, Biron, bref, les plus grands noms de France. Les femmes n’étaient pas en reste : Mme du Deffant, Mme de Tencin-ancienne abbesse et sœur de cardinal-, Mme de Sabran, dite l’aloyau, Mme de Fallary dite Ninon, Mme de Parabère, dite Le petit corbeau noir. Tout ce beau monde faisait la ribouldingue jusqu’à plus faim, jusqu’à plus soif et se quittait au petit matin pour recommencer le lendemain.
Mais le Régent et Dubois ne se couchaient quasiment pas. Ils regagnaient leur bureau et commençaient leur journée de travail au service de la France, renversant les alliances, apportant la prospérité au pays, protégeant les artistes en responsables soucieux du bien de leur peuple et de la construction de la Nation.
Ce sont ces deux drôles de personnages que Florence Mothe fera revivre dans la conférence qu’elle donnera le dimanche 11 octobre à 17 h au château de Mongenan à Portets. Quelques pages de son roman « Si Dieu ne manque » publié en 1981 chez Robert Laffont serviront d’introduction à la peinture de ce tourbillon fou de la Régence.
Château de Mongenan, 33640 Portets. Renseignements 05 56 67 18 11. Entrée 10 e, gratuite jusqu’à 12 ans, visite du château, du musée, des jardins, du temple maçonnique, conférence suivie d’une dégustation gourmande des vins du domaine.