LA RESISTANCE EN GIRONDE


Ce 14 Juillet 1944, ils étaient une quinzaine d'adolescents, entre 17 et 22 ans qui, dans une ferme abandonnée de RICHEMONT, composaient le maquis de SAUCATS.
Ils étaient pour la plupart élèves ou anciens élèves du Lycée Michel MONTAIGNE de BORDEAUX où ils préparaient:
soit St-CYR (les Cyrards), soit l'Ecole Nationale de la France d'Outre-Mer (les COlos), soit la Médecine.
Leur mission consistait, dans un premier temps, à faire du renseignement ; tel par exemple le repérage des emplacements de D.C.A., la surveillance de l'activité sur la Base aérienne de MERIGNAC ou l'infiltration de la base sous-marine. Par la suite, après le débarquement, ils devaient fixer les Allemands en faisant sauter des ponts ferroviaires, pour retarder leur progression vers le front de NORMANDIE.
Ils étaient commandés par le lieutenant François MOSS, ancien du VERCORS, qui avait déjà à son actif le sabotage de l'usine électrique de CENON. Ils avaient été rejoints par deux marocains, prisonniers évadés, dont un sergent, qui en amenèrent par la suite un troisième. Les jeunes résistants étaient installés depuis le 15 Juin dans le secteur de DOUENCE, puis à SAUCATS où ils avaient aménagé, dans une ancienne ferme isolée au milieu des pins, un cantonnement. Malheureusement, ils furent dénoncés aux Allemands par suite de l'imprudence d'un des leurs.
Faiblement armés de 12 mitraillettes et de quelques grenades, ils furent attaqués par deux groupes: d'une part cinquante miliciens arrivant par l'Ouest, de la route du BARP, d'autre part une soixantaine d'Allemands arrivant par l'Est, de la route de St-MAGNE. Tenus en respect par les maquisards, les attaquants firent venir un canon tracté de 105 depuis le château de MONTESQUIEU, à LA BREDE, où celui-ci était stationné, ce qui mit fin à la résistance des insurgés. Ceux-ci furent achevés sur place à coups de revolver et dépouillés de leurs objets de valeur par les miliciens. Pour éviter les rétorsions contre leurs familles, les résistants avaient brûlé leurs papiers personnels peu de temps auparavant.
Un des résistants, qui arrivait de BORDEAUX, fut intercepté, emmené au camp de SOUGE, puis fusillé 11 jours après des séances de torture, ainsi qu'un jeune charbonnier italien qui se trouvait par hasard dans le secteur. Douze tombes furent creusées par les habitants de SAUCATS le lendemain, malgré l'interdiction des allemands; l'identification ayant été rendue difficile par l'absence de papiers et d'objets personnels. La mise en bière effectuée, les gendarmes présents rendirent les honneurs aux victimes, ainsi que les quelques personnes venues là pour participer à la cérémonie.
Il n'y eut qu'un seul rescapé parmi les Français, qui réussit a s'enfuir en rampant dans les bruyères, ainsi que les trois nord-africains qui gagnèrent une position de repli, comme il avait été prévu dans les consignes. Le lieutenant MOSSÉ, qui commandait le maquis, avait été tué dès le début de la tuerie par les assaillants. Il fallut attendre la Libération, en septembre 1944, pour connaître les détails de cette bataille et la liste des morts: 13 jeunes qui avaient refusé la défaite et contribué, jusqu'au sacrifice, à la victoire de la France.
Un hommage leur fut rendu le 20 avril 1945, dans le hall de la Faculté des Lettres de BORDEAUX, puis le 21 à la Cathédrale Saint-ANDRE. Rappelons la devise qu'ils avaient choisi, celle d'Henri de BOURNAZEL:

" Mon âme est à DIEU, mon corps à la FRANCE, mon honneur est à moi."


Leur mémoire est commémorée chaque 14 Juillet au Lycée Michel MONTAIGNE de BORDEAUX, ainsi qu'au Mémorial de SAUCATS, lequel fut érigé en leur honneur en 1949 et inauguré en 1953.
Ils étaient douze qui furent assassinés ce 14 Juillet 1944 à SAUCATS: Lucien ANERE, Jean-Claude BRUNEAU, Guy CELERIER, Daniel DIETLIN, Jacques GLOTZ, Christian HUAULT, Roger HURTEAU, François MOSSE, Michel PICON, Jacques ROUIN, Roger SABATE, André TAILLEFER. Le treizième, Jean-Pierre BOURON, fut intercepté alors qu'il se rendait vers les lieux du drame, emprisonné au camp de SOUGE où il mourut après avoir refusé d'entrer dans la Milice comme on le lui suggérait.


Comité de soutien
Du Mémorial de la Ferme de Richemont
Tél: 05.57.97.70.20
LEOGNAN

14 JUILLET 1944 SAUCATS (Gironde)
RECIT DU COMBAT DE LA FERME RICHEMONT

Le paysage que vous avez aujourd'hui sous !es yeux, était tout autre en1944 :
Pas de champs jusqu'à l'horizon, mais la pinède aux fûts serrés ...
Pas de route pour arriver ici, mais un étroit sentier tracé à travers es buissons de fougères et d'ajoncs ... Là où se dresse à présent le monument que vous voyez tendu vers le ciel, plus haut que les cîmes des arbres proches, c'était la ferme ... à peine une ferme, une de ces humbles bâtisses forestières à l'usage des résiniers ... ,
Une quinzaine de jeunes gens - hier encore élèves du Lycée de Bordeaux, officiers demain - et deux tirailleurs évadés - vivent et travaillent dans ce refuge. C'est le maquis de l'ORA et surtout une école de cadres, Saint Cyr de l'ombre, sans uniformes, sans casoars, sans panaches, dans l'inconfort et l'insécurité ...
Ils travaillent ... Etudes théoriques plus que maniement d'armes" car ils n'ont que des mitraillettes - pas même une mitrailleuse -pour protéger les abords du campement.
Mais en ce matin du 14 Juillet 1944, ils sont probablement joyeux, emplis d'entrain et d'espoir. Ils savent... car ils ne manquent pas de contacts avec les villages voisins : imprudence inévitable, car il leur faut bien se ravitailler, se nourrir. Ils savent que les Libérateurs, débarqués depuis plus d'un mois, avancent sans cesse et que le jour de gloire est proche !
En ce matin du 14 Juillet, l'un deux - qui sera le seul survivant est sorti de bonne heure avec les deux tirailleurs pour une corvée d'eau. Ils perçoivent des bruits insolites : branches remuées, brindilles cassées sous des pas, dans les bois, à peu de distance, semble-t- il... Un tirailleur s'avance en reconnaissance, prudemment ; mais à peine a-t-il parcouru cinquante mètres que des coups de feu retentissent. ..
Dans la ferme, les détonations ont alerté le Chef. C'est François MOSSE, un jeune lieutenant qui a déjà commandé dans les maquis de Maurienne et du Vercors. Il n'a pas le temps d'agir, il reçoit une rafale en pleine poitrine, il est l'un des premiers tués.
Les autres - ils sont douze - vont devoir tenir tête à une centaine d'allemands et de miliciens. Il faudra que ces derniers fassent venir une pièce d'artillerie pour pilonner la ferme ... Il faudra, pour en réduire les défenseurs qui n'ont plus de munitions, un combat de trois heures à l'issue duquel les miliciens vont achever les derniers survivants blessés ... Ils fusilleront même après s'être emparés de lui, le seul qui n'a pas combattu parce qu'il était en permission ...
Malgré l'ordre donné par l'ennemi de jeter les morts dans une fosse commune, le Maire de Saucats, les habitants, les gendarmes français se chargèrent de creuser des tombes décentes près des murs écroulés et calcinés de la ferme. Ce sont eux qui fouillant la cendre et les décombres trouveront un livre encore lisible. C'était un livre d'étude ayant appartenu à l'un des jeunes sacrifiés. II y avait inscrit la devise de Henri de Bournazel: "Mon âme est à Dieu, mon corps à la France, mon honneur à moi. "

texte de T Thoorens
- Présidente du Comité d'Entente des Anciens Combattants;
- Officier de la Légion d'Honneur;
- Médaille de la Résistance avec rosette.

 

MEMORIAL DE RICHEMONT


Lorsque le 20 avril 1945 un émouvant hommage fut rendu aux martyrs de la Résistance, dans le hall de la Faculté des Lettres de BORDEAUX, l'idée se fit jour d'ériger un monument sur les ruines de la Ferme de RICHEMONT, qui vit le massacre de 13 jeunes français par des soldats allemands, accompagnés de miliciens français. Le Comité du Mémorial qui fut créé, réunissait les personnalités de la région et les représentants de divers mouvements de résistants, décida ainsi de perpétuer le souvenir de tous ceux qui moururent au combat ou dans les prisons et d'en faire le symbole de la Résistance dans le Sud-Ouest.
Dès 1948, une route de 2 km fut ,tracée au milieu des pins pour permettre l'accés au futur monument. Fin mai, les fondations qui devaient soutenir l'obélisque de 35 mètres de haut " LE SIGNAL" étaient achevées. Les maquettes des sculptures, ornant les quatre faces, dessinées par Armande MARTY, élève avec Paul BELMONDO et Antoine BOURDELLE, ex-assistant d'Auguste RODIN, étaient achevées. La maîtrise de l'ensemble ayant été confiée à l'architecte André MERY-RIBOULET.
Les subventions étant dépensées,il fut alors fait appel à la générosité publique et à celle des entreprises locales dont un grand nombre participa à la construction.
En 1949, la première statue, haute de 7m85 et symbolisant la Victoire, était mise en place. Et le 6 Juin 1953,
date anniversaire du débarquement allié en Normandie, le monument du Mémorial de SAUCATS était inauguré par J.CHABANDELMAS maire de BORDEAUX, Mr LAHILONNE préfet de la Gironde, Mr LAGOUEYTE maire de SAUCATS et de nombreuses personnalités civiles, militaires et religieuses, ainsi que le recteur de l'Académie et le proviseur du Lycée Michel MONTAIGNE, dont les 13 morts qui figurent sur les ruines de la ferme étaient pour la plupart les élèves.
Depuis ce jour, une cérémonie est organisée chaque 14 Juillet pour commémorer l'action de ces 13 jeunes gens qui firent ce jour le sacrifice de leur vie, dans le désir de participer à la Libération de la France et au retour souhaité des valeurs de notre civilisation.
L'obélisque du Mémorial a été érigé pour être vu de loin.
On l'a appelé le Signal parce qu'il annonce et rappelle la détermination des hommes à perpétuer un idéal auquel ils veulent toujours croire. La première sculpture, qui s'offre à nos yeux, lorsqu'on se rapproche du monument orne la face Nord. Elle représente la Victoire et ne resplendit en toute logique, qu'à la fin d'une journée favorable. Chacune des sculptures, disposées sur les trois autres faces de l'obélisque, symbolise : l'une la Foi inébranlable dans l'esprit des héros, une autre le Courage qui ne se démentait pas malgré la pression des évènements, la dernière étant le Sacrifice suprême, celui notamment des 13 jeunes français dont le nom est gravé sur le mur voisin du monument.


Puisse cet édifice emblématique rappeler aux visiteurs que ce fut en partie grâce à la Résistance Française que le débarquement des troupes alliées en Normandie, le 6 Juin 1944, put être assuré et consolidé, permettant d'aller ainsi jusqu'à la Victoire du 8 Mai 1945, contre la Tyrannie, au nom de la Liberté.


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